Maison de famille

Par cette appellation, on croit évoquer une grande demeure aux charmes rustiques et surannés… La mienne, pas du tout : c’est une construction moderne dans un ensemble de villas nommé « Les Héliades », sis à la Grande-Motte. Elle fut achetée sur plan par mes parents en 1969, une bicoque aux espaces bien agencés autour d’un beau patio qui fait comme une pièce de plus, mais construite à l’économie, si bien qu’à mettre des seaux dans les pièces les jours d’orage on se prit à rêver d’une terrasse étanche. En dépit de nombreux travaux, elle ne le fut jamais complètement et continua de jouer les passoires tandis que le temps filant à la vitesse grand V, un délabrement général s’empara de la maison entière – huisseries fendues, vitres cassées et pans de murs effrités- sans que ma mère, sa dernière propriétaire, s’en souciât le moins du monde. « J’aime la maison. » disait-elle avec indulgence comme elle lui aurait pardonné de si mal vieillir.

Avions, puis TGV : j’allais régulièrement à la Grande-Motte quatre fois par an en moyenne et peut-être plus. J’y avais « ma » chambre comme un lieu à moi seule dédié même si, bien sûr, elle fut utilisée en mon absence. J’y ai ri, aimé, espéré, mais aussi pesté, détesté, versé des larmes et, je m’en souviens, digéré mes trop pleins d’alcool les soirs de libations quand nous faisions la fête avec les voisins en été. Pendant 44 années de ma vie très banale ainsi consignées entre ces quatre murs avec vue sur jardin, je suis revenue et revenue, de plus en plus frappée de stupeur devant l’état de ma mère qui fêtera son centenaire dans quelques mois, sourde et aveugle. Selon son expression : « Ce n’est pas pratique ! »

Et puis, au début de cette année, il fallut se résoudre à ce que nous avions repoussé de toutes nos forces jusqu’ici : mettre maman dans une maison de retraite et fermer à clef – dans la mesure où fonctionnait encore une serrure ! – la maison. Puis la vendre… Ce qui fut fait devant notaire il y a trois jours, à notre grand soulagement car l’avenir de notre mère est assuré quel qu’accident nous arrive. Enfin débarrassée de cette ruine, me dis-je un peu désinvolte quand j’eus le sentiment d’une perte irrémédiable en pensant à la dizaine de mètres carrés de ma chambre : maintenant, je n’avais plus d’endroit où aller en dehors de mon domicile, plus de perspectives de vacances estivales au bord de la mer, plus de soupape de sécurité en somme puisqu’il n’y avait plus de lieu où je serais attendue tout le temps et à n’importe quel moment…

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