Service après édition

Aujourd’hui, je mesure combien Flannery O’Connor avait vu juste en affirmant : « On peut écrire pour le plaisir, mais encore faut-il que cette activité débouche sur quelque chose, qu’elle ait une fin, un but : la rencontre d’un public. » Car, faute de cette rencontre, qui ne peut naître que d’un accompagnement physique du livre dans le cas d’un écrivain inconnu, celui-ci culpabilise bêtement dans son coin, pleure en se posant la question de l’utilité d’un bouquin que personne ne lira hormis son entourage au bord de la crise de nerfs (à cause des ouvrages précédents) et, au-delà de ses malheurs perso, geint à la pensée de la trésorerie de son éditeur ou des arbres décimés pour fabriquer la pâte à papier… Que ne multiplie-je signatures et salons, se dit-il, que ne rencontre-je des lecteurs enthousiastes – tout du moins, intéressés -, que ne vends-je ? A voix haute, ces questions sont imprononçables, mais dans la tête de l’auteur, elles font encore plus de dégâts : il se sent démissionnaire, voire traître à la cause de son livre et donc de lui-même comme de sa maison d’édition.

Voilà décrit par le menu le mal dont je souffre depuis la parution en mars de mon petit dernier: « Une année percheronne ». Force m’est de constater que le livre ne se vend nulle part, pas même dans le Perche – nul n’est prophète en son pays, je sais –, et que les quelques retours espérés tardent à venir. Or, avec un livre, c’est exactement comme avec un boomerang, si on ne revient pas vers vous, c’est qu’il a « comme un défaut » ou qu’on n’a pas su le lancer… Je ne peux retenir que cette seconde hypothèse  (pour la première, il est impossible de corriger les imperfections d’un livre publié) et me reprocher un manque de conviction, de tonus, ou des deux : le « lancement », je l’ai raté !

Et puis, cette semaine, deux lueurs d’un espoir ténu me mettent un peu de baume au cœur. Premièrement, les trois exemplaires de la librairie Le goût des mots sont épuisés et je suis invitée à en rapporter trois nouveaux, secundo, j’ai découvert tout à fait par hasard dans une jolie revue au titre évocateur « L’Echappée Perche » une note sur mon livre à la rubrique « Du côté des parutions régionales » ; qui plus est, le commentaire est accompagné de la photo de la couverture que j’aime tant ! Alors, je vais – je dois ? –, me retrousser les manches, faire l’article de « Mon année percheronne », et surtout m’efforcer d’oublier mon âge parce qu’à partir du moment où l’on se sert de la faiblesse inhérente aux ans comme d’une excuse à ses manquements, c’est qu’on n’a plus le courage de lutter et donc pris un sacré coup de vieux !

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Une réflexion sur “Service après édition

  1. Mais oui, c’est toujours le même problème pour tout ce qu’on fait : on aime que ça débouche sur quelque chose ! On aime être écouté, lu, entendu… C’est un réel problème. On peut même étendre cette problématique à toutes nos actions. On souhaite partager, communiquer, donner mais sans se laisser bouffer.
    Il ne faut pas oublier que (de notre époque ?) les dés sont pipés car les gens n’ayant pas trop de temps vont vers les choses à la mode et vers ce que tout le monde connaît. « Comment ? Tu ne connais pas ça ? » disaient avec mépris les ados il y a vingt ans quand on était passé à côté d’une info à la mode. Il ne reste plus beaucoup de temps et d’énergie pour découvrir par soi-même.
    Il ne faut pas démissionner, il faut refuser de se recroqueviller dans son coin et continuer de foncer ! Ah oui, il faut oublier ton âge, c’est évident, d’ailleurs tu es toute jeune.

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