De la versatilité des goûts et de l’âge…

Comme je le constatais dans mon dernier billet sur mes ennuis de santé, le mal-être favorise une solitude dans laquelle on se cadenasse face à sa douleur physique et, pire encore, à soi-même ! Alors, ça tourne dans tous les sens, mais pas rond, et on saute sur n’importe quel subterfuge pour occuper son esprit aussi malade que le reste. Par exemple : « Eh bien, puisque j’ai le temps, je vais mettre de l’ordre dans mes papiers… » En réalité, le projet consiste à laisser, on ne sait jamais, autre chose que le foutoir dont on a hérité au lendemain du trépas maternel. Alors on déchire à tour de bras en se demandant pourquoi on ne l’avait pas fait avant. C’est ainsi que je tombai sur un Journal que j’avais tenu de 44 ans à 56 ans et décidai de le lire, je n’ose écrire « relire » puisque je l’avais presque oublié. Très vite et sans m’en rendre compte, je pris mes distances avec la narratrice – qui était pourtant moi – et la trouvai sinon peu sympathique, particulièrement « chiante », c’est le mot qui me vint à l’esprit, parce qu’elle n’arrêtait pas de pleurnicher. Je cite au hasard : « Mon moral est au mauvais fixe. », etc.

Bref, on change avec le temps, me dis-je, avec l’espoir de m’être améliorée dans la lignée de tout ce qui se bonifie en prenant de la bouteille. J’en étais à ce stade de mes rêveries quand arriva mon fils, un livre à la main : La nausée, de Jean-Paul Sartre. Je m’extasiai : « J’ai tellement aimé… » Il fit la grimace : « Pour ce que j’ai lu, c’est nul, maman. » Je m’emparai aussitôt du bouquin que je trouvai barbant dès les premières pages, aux antipodes de mes bons souvenirs. Dans le même ordre d’idée, « Amarcord », film de Fellini que j’avais adoré, me laissa fort dépitée en raison d’un machisme exacerbé : d’accord pour l’humour ou la musique de Nino Rota, mais l’image de la femme réduite à ses seules fesses !…

Résultat : il me fallut bien constater que ce que j’avais élevé aux nues, hier, j’étais toute disposée à le brûler aujourd’hui ! Mon goût s’était-il affirmé avec le temps, devenant plus sûr ? Ou l’âge m’a-t-il tout simplement privée de mes capacités d’enthousiasme, faisant de moi une « vieille grognonne » ? Allez donc savoir ! Par bonheur, les programmes télé de fin d’année m’offrirent une nouvelle vision de « West side story » qui me procura un plaisir inchangé.

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2 réflexions sur “De la versatilité des goûts et de l’âge…

  1. De la versatilité !
    Pour un début d’année, voilà un sujet qui fait mouche,
    et puisque Dominique nous tend la perche, gobons-le à l’hameçon avant de noyer le poisson.

    D’un homme politique, on dira qu’il retourne sa veste.
    D’une femme dite ‘versatile’, on pointera sa légèreté ou son caprice !
    Du tout-venant, on targuera que seul l’imbécile ne change pas d’avis (quoique ?).
    De la jeunesse insolente, on fustigera ses toquades et ses inconstances.

    Mais apprécier qu’après la pluie vienne le beau temps ;
    Accueillir l’incertitude des jours qui se suivent et ne se ressemblent pas ;
    D’un rayon de soleil en perte de vitesse, s’émerveiller de sa fugacité…
    Est-ce être versatile ?

    S’agissant d’une écrivaine ‘fort marrie’, je pencherai plutôt pour les effets chatoyants de l’âge aux couleurs de l’automne,
    laquelle, non dénuée d’enthousiasme, n’en éprouve que mieux le charme discret de la maturité.

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