Verglas maudit

J’avais toujours fait confiance au chiffre 9, mais le vendredi 9 février, hélas ! j’ai décidé de renoncer définitivement à mon chiffre porte-bonheur tandis que je serrais une poche plastique pleine de glaçons sur mon poignet en grimaçant de douleur. L’instant d’avant, mon pied avait glissé sur une plaque de verglas qui me mit bas en un centième de seconde (ou peut-être moins !), lestée par mon surpoids.

On m’annonça le lendemain, à l’hôpital, la fracture de mon radius gauche. Quelque chose de pas radieux du tout. Dans le magazine que je feuilletais pour détourner mes pensées d’une attelle longue comme mon bras, mon horoscope prédisait « Vous êtes au top ! » Derechef, je me dis que c’en était fini de ces inepties, je ne les lirai plus : si mes os partaient en capilotade, par ailleurs je m’élèverais spirituellement en me débarrassant de superstitions imbéciles.

De retour à la maison, je n’eus pas le temps d’apprécier mes progrès tant je mesurais la difficulté de vivre avec une seule main et, pourtant, la droite ! Les gestes les plus simples, parfois des automatismes, relèvent alors de l’exploit : beurrer une tartine devient impossible comme le maniement de tout couteau, la brosse à dents se fait fuyante devant le dentifrice qu’on voudrait y déposer ; quant à la toilette et à l’habillage, ce sont des exercices épuisants… A se rappeler constamment à mon mauvais souvenir, les conséquences de ma fracture tournent à l’obsession.

Ainsi, ce matin, je lis dans mes messages : « fracture en ligne », je suis stupéfaite : je savais les capacités du web à envahir nos vies comme si nous étions des insectes pris dans sa grosse toile d’araignée, mais j’ignorais son côté voyant extralucide ! Puis, à y regarder de plus près, j’ai lu « facture en ligne»…

Bon, j’ai bien plaisanté, mais c’est juste pour ne pas pleurer !

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Une réflexion sur “Verglas maudit

  1. Le rire aidant, le rire sauveur, l’art de manier l’humour à tout crin, en toutes circonstances et pas des meilleures !
    Dominique nous surprendra toujours !
    A chute malheureuse, un bonheur d’écriture.
    Entre deux hoquets de rires ou de larmes, allez-savoir ? L’image est saisissante.
    C’est comme si nous y étions, sauf que nous voilà très bêtes et très penauds de ne pouvoir lui apporter une aide quelconque.
    Mais là encore, Dominique nous délivre du poids de notre impuissance quand, de la toile qui nous piège à la voyance qui nous ment, elle fait émerger la chute qui résume tout :
    plaisanter pour ne pas pleurer.
    Une belle leçon de vie.
    Bravo et merci.

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