Les aromates

Quand on est peu doué dans un domaine, que ce soit par manque de goût ou maladresse, mieux vaut s’en tenir à quelques fondamentaux solides, de l’ordre de ceux qu’on sait faire les yeux fermés, sans courir de risques inutiles en de hasardeuses expérimentations. Ainsi en va-t-il de mes talents culinaires très limités en raison de l’héritage maternel (maman se préoccupait fort peu de « boustifaille » ; je me souviens du mot qui inspire le dégoût rien qu’à le prononcer) et aussi – car les mères ne sont pas responsables de tous nos manquements –, d’une pointe de supériorité mal placée à l’égard des personnes trop soucieuses du contenu de leur assiette,… parce qu’on n’est pas que des tubes digestifs, tout de même !

Cela dit, on est aussi des tubes digestifs et autant les remplir, ces tubes, de choses agréables aux papilles gustatives et, de préférence, dégustatrices. A mon hit-parade, culmine incontestablement la blanquette de veau. Pas n’importe laquelle, la blanquette à l’ancienne ; j’y tiens beaucoup à cette appellation même si j’ignore la différence entre la up todate et celle que je sais cuisiner. De toute façon, elle ne me vaut que des compliments dont je me rengorge, toute honte bue, pour quelqu’un qui aurait tendance à se prétendre au-dessus des nourritures terrestres.

Depuis que j’habite la campagne, je suis très fière d’utiliser les aromates du jardin avec un faible pour le romarin très bon pour la mémoire, ai-je lu quelque part. Alors, qu’il vente ou qu’il pleuve, j’éprouve un réel plaisir à aller chercher quelques branches de thym ou feuilles de laurier dans le jardin… Comment dire ? C’est comme si j’y mettais un peu de moi-même dans ces préparations culinaires devenues, par le miracle de quelques herbes, une création plus naturelle – c’est ce que je me raconte –, plus personnelle aussi : du fait à la maison, comme on dit.

Le résultat : tous mes plats gorgés des mêmes aromates ont le même goût. Voilà le défaut qui me chagrine. D’autant que dans le Journal d’un écrivain en pyjama de Dany Laferrière, il y a une métaphore entre l’écriture et la cuisine et je me dis que si elle s’avère, ça laisse supposer une certaine monotonie dans mon style, quoi que j’écrive.

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