Promenade au cimetière

L’après-midi de ce dimanche ensoleillé, j’allai me promener au cimetière de Mortagne qui me parut fort vaste et fort occupé au point que le long du mur les tombes se jouxtent côte à côte comme si on voulait se serrer les coudes ! L’aspect des sépultures, leur matériau (pierre, marbre,…), les croix sculptées et les crucifix déposés, donnent une indication sur l’ancienneté de la tombe, les plus récentes ne comportant que peu de motif religieux, au mieux une croix dessinée sur la dalle mortuaire. Les plus fleuries correspondent presque sûrement à un décès en 2015. L’aspect des tombes suggère également le train de vie (ici train de mort ?) des défunts qui, pour les plus pauvres – je pense au carré Marguerite de Lorraine –, ont été enterrés en pleine terre.

Une tombe en forme d’un grand livre attire mon attention. Quelle bonne idée, me dis-je, imaginant un amoureux de la littérature à jamais accompagné de la plus belle invention de l’homme, celle qui l’aide à vivre mieux. Même, au-delà, cela doit faire du bien d’autant que mots et immortalité ne sont pas sans accointance. Plus loin, je déchante en découvrant d’autres livres/pierres tombales, en forme de promo commerciale d’un marchand de pompes funèbres, avec l’inscription : « Ainsi se ferme le livre »… Du temps où ils étaient bien enrobés, les ossements là-dessous ont-ils jamais manifesté le moindre intérêt pour la lecture ? On peut se poser la question dans la mesure où il ne s’agit pas d’une épitaphe.

Impossible de déambuler dans les allées d’un cimetière sans se livrer au calcul mental qui donne l’âge de la mort de celui dont on voit parfois la photo, comme un très léger reproche, quand il s’agit d’un être jeune ou d’un enfant. Mais c’est une pensée fugace vite dissipée par le calme des lieux où le mot « reposer » prend toute sa dimension si bien que je me prends à rêvasser devant le « jardin du souvenir », pas bien grand il est vrai… J’y trouverai bien ma petite place, un de ces jours ! et, même si je ne suis pas pressée, la perspective me paraît tout à fait acceptable, surtout par un si beau soleil d’automne.

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