Denise est partie hier, le 20 janvier 2017

Le monde selon Denise, c’était tout, sauf triste ! Elle aimait les histoires drôles qu’elle introduisait d’un « Tu la connais, celle-là… ? » et passait sa vie à entourer les autres d’un amour maternel débordant : quels que soient l’âge, la couleur de sa peau, son aspect, sa religion ou l’épaisseur de son portefeuille, on recevait ses bons soins, emplis d’une infinie tendresse.

2009 : nous nous offrons le voyage du retour vers nos racines au Maroc où nous sommes nées toutes les deux (aux environs de 1940). Je me souviens de nos soirées à l’hôtel Balima, à Rabat, autour d’une bouteille de whisky et d’amandes grillées. Elle posait sur une table de chevet notre « dîner », face à l’avenue Mohammed V, avant de me faire asseoir sur le seul fauteuil de la chambre en s’exclamant : « Qui mieux que nous ! » Dans les années 1960, nous sommes à la Fac et préparons nos examens ensemble. Après l’oral d’un des cinq certificats qu’il fallait réussir pour décrocher la licence, son optimisme aidant, elle vend ses livres de cours tant elle est certaine de son succès… mais à tort ! A cette époque, elle « sort » avec Alain, son compagnon qui sera celui de toute une vie et qui m’a téléphoné ce matin pour m’annoncer l’hémorragie cérébrale dont elle a succombé, hier. A partir du début des années 70, une très longue plage de silence d’une trentaine d’années va nous éloigner l’une de l’autre sans nous séparer : à nos retrouvailles, nous sommes deux vieilles dames mais nos cœurs battent à l’unisson comme si nous nous étions vues la veille. Denise apprend que j’écris et illico devient ma lectrice la plus assidue, sans pour autant verser dans une admiration béate. Ainsi, elle déteste les mots d’argot qui, à ses yeux, défigurent mes écrits… « Et puis, ça ne te va pas du tout » !

Dans une dizaine de jours nous aurions dû nous téléphoner. Nous attendions en effet le trente-et-un du mois de janvier avec l’idée de piéger l’autre : « Alors tu ne m’as pas souhaité une bonne année ? » Qui le dirait la première ? Une fois, ce fut moi et elle m’expliqua qu’elle me gardait au chaud pour cette toute dernière extrémité considérée comme le meilleur moment, après avoir expédié tous azimuts des vœux sans entrain véritable…

Aujourd’hui, Denise, je me demande pourquoi je ne t’ai pas appelée, ne serait-ce qu’avant-hier. Je pense aussi à cette cohorte d’orphelins que tu laisses derrière toi parce qu’on est nombreux à te pleurer, je le sais. Saloperie de mort : pourquoi t’a-t-elle arrachée à ceux qui t’aiment ?… Oh ! Pardon, Denise, pour le mot « saloperie » mais là, franchement, je n’en trouve pas d’autre.

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