L’éclipse du 20 mars

Une éclipse de soleil est annoncée et moi, ce qui m’étonne le plus, c’est que tout le monde se souvient de la précédente, celle du 9 août 1999… Que de jolies réminiscences : on était jeunes, parfois enfants, on était au bord de mer sur une plage de sable fin, etc. Que faisais-je donc ce jour-là ? Pour combler cette béance, je décidai de profiter au maximum de l’éclipse de ce vendredi et donc d’optimiser mes observations astronomiques par l’achat des indispensables lunettes.

Je revins bredouille d’un circuit commencé en pharmacie pour se terminer à la maison de la presse où, partout, on me fit savoir que la veille, c’était bien trop tard ! J’appelais à la rescousse Madame Gougueule qui me proposa soit le verre de soudeur, soit un petit trou dans un carton ou ceux d’une écumoire, nettement plus à ma portée. La lumière passant par le (ou les) trou(s) projette l’image du soleil sur un écran plus lointain – une grande feuille de papier, par exemple- que l’on peut regarder sans danger. Cet ingénieux dispositif s’appelle     « sténopé » pour les gens calés ou férus d’optique. Bon, j’aurai préféré des lunettes que ma voisine, dont les ressources sont éclectiques, me fournit dans la soirée puisqu’appartenant à la gente bosseuse qui n’aurait pas le loisir d’assister au rendez-vous de la lune avec le soleil.

Lever aux aurores, toute excitée à la pensée de cette grande première, mais déçue, je l’avoue, quand ouvrant mes volets, je découvris le plafond blanc grisâtre d’un ciel couvert. Le vent pourrait-il balayer tout ça ? Autant souhaiter un typhon qui risquerait de mettre à bas mon beau cerisier… Non, merci !

L’idéal, pensai-je, c’eût été l’image de l’éclipse que tout le monde connaît, à la manière des émoticônes en forme de cercles, pour dire : « Youpi ! Je suis heureuse : je l’ai vue ! » A défaut, j’envisageai de me rabattre sur des effets moins spectaculaires mais vérifiables, comme les baisses de la luminosité ou des températures. Eh bien, rien de rien ! Je ne fus pas plongée dans les pénombres ni ne me mis à claquer les dents de froid. Bon, cette éclipse, c’est l’Arlésienne ; autant en prendre son parti et se consoler grâce à la date puisqu’aujourd’hui, le printemps fait une timide entrée en Basse-Normandie et qu’après tout, la prochaine éclipse est prévue dans à peine 11 ans… Vais-je rendre à ma voisine ses lunettes ou, mine de rien, les planquer pour 2026 ?

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