La tombola

Aux dernières vacances scolaires de  Pâques, trois fillettes sonnèrent au portail du jardin. Comme il est assez haut, je ne voyais pas de têtes en m’approchant. Les deux « grandes » devaient avoir une douzaine d’années, la plus petite, huit ou neuf ans… Estimations tout à fait hasardeuses étant donné la taille des enfants aujourd’hui, qui a de quoi déconcerter une femme de mon âge : l’un de mes petit-fils mesurait un  mètre quatre-vingt à seulement 13 ans !

La porte-parole, une des deux grandes, m’annonce qu’elle vend des billets de tombola à deux euros pièce et qu’on peut gagner une bicyclette. Ses cheveux sont sagement coupés au carré à hauteur de sa nuque et son sourire ferait fondre un cœur de pierre.  Elles me plaisent, ces petites filles timides et pourtant assez téméraires pour frapper à des portes inconnues : je prends deux billets. Sur ceux-ci, l’adresse d’un établissement scolaire à Saint-Cloud… Comment connaîtrai-je le résultat de la tombola qui se tire en juin ? Celle qui dirige les opérations me tend un crayon pour que j’inscrive mon numéro de téléphone sur le talon des billets tout en s’engageant à me prévenir si je gagne quelque chose. Ce que je fais distraitement car ces fillettes me font remonter très loin, dans mon enfance, quand vendant moi aussi des billets de tombola, j’oubliai l’heure et trouvai ma mère dans un état proche de la crise de nerfs parce qu’elle me cherchait désespérément dans le quartier depuis près de deux plombes.

Les fillettes s’éloignent, sans doute des enfants d’« accourus » en pays percheron… Je les suis du regard : visite  un peu singulière en ces temps de grande peur où plus personne ne se sent en sécurité ! Mais trois gamines sont plus difficiles à circonvenir qu’une fillette isolée et puis la campagne ornaise résiste à cette lèpre de l’époque qui fait se cadenasser à double tour chez soi et vivre dans une crainte perpétuelle à l’extérieur.

Hier, au téléphone, une voix enfantine. Je pense à une erreur, fait répéter mon interlocutrice qui m’annonce que j’ai gagné un « blouson sans manche » ! Oh ! Comme je suis contente, non pas du blouson, mais de l’appel. Je lui propose de me l’apporter quand elle viendra en vacances et, cette fois, je pense que je vais lui demander quel âge elle a… et surtout la féliciter d’avoir tenu parole !

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