La fête de la musique, avec Hélène Grandsire

Ma voisine et une amie me suivent d’un pas traînant en ce jardin anglais qui fait salon de thé à Mortagne-au-Perche. Elles avancent à reculons car elles tiennent mes goûts en matière musicale pour de la roupie de sansonnet. En temps ordinaire, je ne dis pas… mais là, je tiens une valeur sûre en la personne d’Hélène Grandsire, que j’ai déjà entendue chanter.

On descend les marches d’un escalier jusqu’au jardin où quelques personnes sont déjà attablées, à proximité du piano ; il y a un parasol, des bancs. Tout cela est déposé dans un écrin de verdure fort accueillant, comme la maîtresse de maison qui propose une carte aux thés de toutes les couleurs. Sourires échangés avec quelques visages amis, puis je salue Hélène en lui souhaitant bon courage. Cette jeune femme, longue et mince, au visage lumineux, n’en mène pas large d’autant qu’elle se trouve au seuil de la seconde prestation de sa journée ! Je me dis que ce trac, c’est le signe le plus éclatant du talent et de l’exigence toujours renouvelée d’une artiste digne de ce nom. Le décor ne serait pas tout à fait planté si j’omettais la belle présence de Jimmy, le parolier et compagnon d’Hélène Grandsire. Le mot « présence » ne suffit pas car on a le sentiment d’une véritable osmose entre ces deux êtres tombés ensemble dans le chaudron de la création musicale, main dans la main, cœur à coeur.

Dès les premières notes, une harmonie, quelque chose qui fait penser à un bonheur partagé, se tisse entre la jeune femme, aux doigts légèrement tremblants, et son public. Le répertoire d’Hélène Grandsire brille par la qualité de sa voix, claire et pétillante comme celle des chanteuses d’antan – qui avaient de la voix ! –, la qualité des textes chargés de sens, un tempo bien enlevé et une variété de tons : sérieuse ou coquine, taquine ou inspirée, la chanteuse fait sourire avec « un p’tit cœur minable » ou nous entraîne à « vivre avec le vent » qu’elle aime tant. Elle nous émeut aussi dans son hommage à un chanteur-poète disparu, Allain Leprest, que j’avoue ne pas connaître. Et moi, à constater le recueillement heureux de mes amies, quelque peu réfractaires à m’accompagner, je bois du petit lait. Ma voisine s’est même mise à crier à pleins poumons « bravo ! », je n’en revenais pas.

Cette chanson sur le vent, je la connais puisque comme je l’annonçais plus haut, j’ai déjà assisté à un récital de la jeune femme et je me surprends à la découvrir. Ce sont les mêmes paroles, la même musique, et pourtant j’ai le sentiment d’une création nouvelle, ce qui me suggère que la voix de la chanteuse, les expressions de son visage, font de chaque interprétation un moment unique… l’apanage des Gréco et autres, bref des plus grandes, ce qui va comme un gant à une chanteuse qui s’appelle Grandsire !

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