Et plus dure sera la reprise !…

car « plus tu mets de temps à rallier ton clavier, plus de doute et de tristesse tu accumuleras au risque de t’étioler à la vitesse grand V, déjà qu’à ton âge tu es passablement déglinguée… », me suis-je dit. Cesser d’écrire, en effet, ne pardonne pas ! Au contraire du vélo dont l’apprentissage, paraît-il, est à jamais enregistré dans les mollets du cycliste, l’écrit menace ses transfuges d’une incapacité totale à la création littéraire : ils devront souffrir pour rentrer en saison d’écriture ou cesser à jamais de taquiner les mots, leurs grands chéris !

Sale affaire pour quelqu’un qui a abandonné son Journal depuis plus de trois mois! Oh ! les raisons pour lesquelles j’ai négligé mon Journal, des ‘excuses’ pourrait-on dire, j’en ai un tombereau. Inutile d’en dresser la liste, elles appartiennent au lot commun sauf qu’à s’accumuler au même moment, elles pèsent encore lourd. Et puis, la vocation de mes billets n’étant pas de pleurnicher mais de faire la part belle à mon jardin et à la littérature, j’enchaîne aussitôt avec la seconde puisque c’est par elle que j’ai commencé.

L’écriture, ce fut la sortie de mon livre Le bus pour Drancy. C’était en mars, même un peu avant. Ah ! L’émotion de tenir en main mon ouvrage, tant de fois remis sur le métier ! Un travail de quatre longues années au terme d’une gestation qui a été de l’ordre de celle des mammouths (enfin, j’imagine). Première question : est-ce que le ‘bébé’ a bonne mine ? Et de vérifier, le cœur serré dans un étau, les éventuelles coquilles qui seraient restées accrochées au texte comme patelles sur un rocher : à l’exception de la date de parution annoncée en 2013 –ce que j’aurais beaucoup aimé ! –, c’est nickel ! Deuxième étape : la présentation du nouveau-né à une famille que l’on voudrait la plus élargie possible en épargnant toutefois les plus proches qui, pour avoir dû donner leurs avis sur les trente-six versions précédentes du manuscrit, se trouvent au bord de l’overdose.

C’est ainsi qu’en salons littéraires ou présentation à la médiathèque, je m’entendis chanter les louanges du nouveau-né avec conviction, tel le camelot vantant sa marchandise, mais toute honte bue car j’étais sincère : en écrivant l’histoire de Léa – la personne qui m’a confié son témoignage sur lequel repose le livre – je n’avais cherché ni à séduire ni à me rendre intéressante… Au contraire, je m’étais tenue à ma place, celle d’un scribe respectueux de la parole reçue.

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