Moutiers-au-Perche

A l’entrée de cette commune d’un peu plus de 400 habitants, une pancarte prometteuse annonce : « Grand carnaval, le dimanche 19 février ». L’adjectif m’interpelle : si quelques veinards déambulent à Venise, je ne serai pas en reste à Moutiers-au-Perche !

Le clocher du village, sur les hauteurs, nous fait signe et nous nous engageons dans une venelle plutôt raide jusqu’à l’église, la bien nommée Notre Dame du Mont Harou. Bien calée dans ma petite auto, je mesure ma chance de n’avoir pas à gravir le chemin pedibus d’autant que j’ai oublié ma canne. Dès notre sortie de la voiture, un beau matou assure l’accueil, bientôt suivi de congénères tout aussi affables, voire légèrement collants, une grosse femelle noire et blanche nous suivant jusque dans la nef et réclamant son lot de caresses avec force miaulements.

Après l’église, l’escorte féline nous accompagne vers une librairie appelée « Librarou », à la suite d’une audacieuse contraction avec le Mont Harou. C’est le but avoué de la promenade, l’auteur qui sommeille en moi n’abandonnant jamais l’espoir de faire commerce de ses bébés de papier. Je n’aime pas trop quémander pas plus que les libraires n’aiment être sollicités, mais tant pis… et bientôt, tant mieux, car je tombe sur un couple charmant qui s’épanouit dans une boutique aux multiples facettes : librairie, papeterie, boutique d’artisanat local et salon de thé.

Soudain, branle-bas de combat, les libraires se coiffent de masques d’un geste rapide avant de fermer momentanément leur boutique, carnaval oblige ! Une procession multicolore et gaie, avec beaucoup d’enfants et des musiciens, gagne le porche de l’église où elle s’arrête. A sa tête, Monsieur Carnaval, qui mesure bien deux mètres, représente un boucher qu’on aura d’autant plus de joie à brûler que les animaux constituent le thème de cette année ! A preuve : un lapin aux grandes oreilles ici, une fillette en coccinelle là, ou même, plus loin, un loup aux yeux très rouges… Ainsi, on ne célébrera pas seulement la fin de l’hiver, mais celle tant espérée des abattoirs barbares : quelle belle fête, pensé-je, tandis que je reçois quelques confettis lancés par une petite main tremblotante qui me fait penser aux autres enfants, ceux des villes. Et je me dis tristement que, nourris aux écrans et à la viande d’abattage, ils ne connaîtront jamais la joie d’un carnaval percheron, comme sorti d’un autre temps où il faisait bon vivre.

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