Notre portrait par Milaine Lung

Au marché du samedi, hier, une jolie initiative : des peintres et dessinateurs proposent au chaland de déposer son panier à provision et de prendre la pose, le temps d’un portrait qui sera dans la soirée exposé à la galerie de Mortagne. Ma voisine Anne et moi, nous croisons un dessinateur dans le marché couvert puis, au seuil de la médiathèque, apercevons notre amie Milaine Lung en pleine action, sa palette à la main.

Quand nos regards se croisent, un magnifique sourire illumine son beau visage tandis qu’un signe de main nous invite à la rejoindre. De notre première rencontre, il y a une petite dizaine d’années, je conserve une huile représentant un bouquet d’arums posé sur le bord d’une fenêtre. Ce tableau, de facture classique, est une grande réussite car Milaine a su créer plusieurs champs de profondeur avec, au fond et à lisière des bois, une clairière ensoleillée vers laquelle on est aspiré.

Congratulations et grosses bises : nous partageons le plaisir de nous retrouver mais sans prolonger les effusions puisque l’artiste se trouve en quelque sorte en «représentation », aux commandes de ses pinceaux qu’elle manie avec dextérité. « Je vais faire votre portrait », annonce-t-elle tandis que ma voisine, ses petites cellules grises à l’abri d’un chapeau enfoncé jusqu’aux yeux, cogite fort sur l’esquive ad hoc. Je ne lui en laisse pas le temps et affirme avec autorité que c’est d’accord.

Et voilà bien la première fois de ma vie où je me trouve regardée pour être portraiturée. Ma nature timide s’en effarouche mais la bonté, la chaleur, du regard de Milaine me procure un indicible bien-être : je suis heureuse de prendre la pose parce que c’est elle, amie et artiste dont j’admire le travail, qui peint… A partir de là, notre portrait ne peut qu’être réussi, me dis-je pendant que j’observe ses gestes vifs et précis, accompagnés de commentaires bienveillants : elle aime la couleur de nos vêtements, va mettre « l’ensemble » que nous formons en valeur par l’omission du contexte (le canapé sur lequel nous sommes assises par exemple). Un quart d’heure plus tard, je suis estomaquée par l’équilibre de ce portrait, la juste répartition de la lumière qui éclaire nos épaules et nos mains, cet « ensemble » – pour reprendre l’expression de Milaine -, qui est ressemblant dans sa globalité et dans le sentiment de plaisir que nous avons eu à nous faire portraiturer, Anne et moi.

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