Les premières jonquilles

Après les perce-neige aux timides fleurs blanches, les fières jonquilles pointent leurs têtes dorées en une ribambelle joliment groupée au sein d’un massif, comme si on les avait plantées exprès là ! Miracle de la nature, de bulbes se multipliant, qui annonce la belle saison.

Le cortège des mots qui accompagnent le printemps, m’étourdit de ses innombrables et mirifiques promesses : il y a tous les « re » avec renaissance, renouveau, reverdir, il y a le soleil et la douceur, et puis il y a le printemps des poètes… Au fond, le seul mot qu’on associe au printemps et dont je ne raffole guère, c’est nettoyage. Mais nous n’en sommes pas à cette échéance et le temps devrait être à la contemplation. Et à elle seule.

C’est le moment d’apprécier un autre miracle de la nature en l’évolution du jardin, auquel manque l’immense cerisier que j’ai chanté en son temps avant qu’une tempête ne le couchât à terre. J’assiste, en effet, à une métamorphose toute en harmonie qui autorise la découverte de nouvelles splendeurs : ainsi, aujourd’hui et en l’absence du grand cerisier qui faisait écran, je peux voir l’étendue du champ voisin avec en son centre un arbre très haut, solitaire et majestueux. Ce constat émerveillé tient sans doute à la campagne car si j’avais eu une décharge publique derrière la haie qui marque les limites du jardin de son trait vert sombre, je ne serais pas à crier ma joie.

Ainsi, les beautés de la nature sont remplacées par d’autres beautés tandis que la grande fête colorée du printemps s’ouvre sur le défilé flamboyant des jonquilles. « Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne », écrit C. Charrière et je me dis que c’est très juste, que mon âge n’empêche pas le printemps de pénétrer mon cœur de vieille dame et de le réchauffer !

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