René Urtreger et Marguerite, à Mortagne-au-Perche

La première sortie, samedi soir, nous conduisit au Carré du Perche où, à l’occasion d’une soirée unique, René Urtreger nous conviait avec ses amis au royaume du jazz sur lequel il règne avec maestria et simplicité depuis plus d’un demi-siècle : il est surnommé le « roi René » ! Les places n’étant pas numérotées, notre petite demi-heure d’avance nous offrit des fauteuils au premier rang, tant il vrai qu’avec les derniers, ce rang n’est jamais pris d’assaut comme s’il constituait une sorte de no man’s land entre scène et salle. Ma voisine me fait remarquer avec un geste en direction du piano, de la batterie, de la contrebasse, des saxos et autres appareils en attente de doigts véloces et de souffles puissants que les instruments de musique sont de beaux objets… En attendant d’être envoûtants tout au long d’un concert où se succédèrent différentes formations de musiciens de la région, dont le Miscellaneous Jazz Quartet, et les quelques solos du maître au piano. Ils sont tous épatants, ces musiciens endiablés et subtils, qui se livrent à des improvisations ou à des joutes musicales époustouflantes… Qu’est-ce qu’on aime le bœuf, alors ! Deux chanteuses communiquent leur plaisir d’être sur scène en nous donnant de belles facettes de leur répertoire et une jeune flûtiste, sa casquette visée sur la tête, nous enveloppe de sons ronds ou parfois pointus. Enfin, l’école de musique de Mortagne et le petit-fils de René Urtreger (la musique, une affaire de famille ?) apportent un coup de jeune à la majorité des musiciens aux têtes chenues qui, à si bien vieillir, rejoindront ceux du Buena Vista Social Club au panthéon des grands artistes.

Et puis, hier soir, film au cinéma Etoile, pour assister à une autre performance, celle de Catherine Frot dans « Marguerite ». Mais, dans un autre genre, la salle de cinéma qui, à chaque fois que j’y vais, me remplit d’aise aussi bien par son aspect que par son confort. Sise dans l’ancienne halle aux grains, elle en a conservé les beaux murs de pierre aux élégantes arcades en bas-relief qui suggèrent un temple grec. Du plafond noir, tombent les lumières des spots à la manière d’un ciel étoilé et ses dimensions reflètent une incomparable harmonie : longueur, largeur et hauteur forment un parallélépipède idéal dans lequel on se sent bien. Quant aux sièges, c’est le nec plus ultra : on n’a jamais été aussi bien assis dans un cinéma. D’un beau rouge, ni trop durs ni trop mous, ils sont spacieux et d’une rangée à l’autre, offrent un bel espace pour les jambes… L’image, le son, tout est parfait au cinéma Etoile qui, je le pense, compte parmi les plus beaux au monde !

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