Interview à la maison

Au début, ça m’a flattée qu’un journaliste fasse le déplacement jusqu’à chez moi pour me poser quelques questions sur mon bouquin. Maintenant que je l’attends, je me la joue un peu moins diva d’autant que je redoute l’inévitable séance photo. Jeune, je n’aimais pas qu’on me tire le portrait ; en vieillissant, c’est devenu un véritable supplice ! Fanons, rides et yeux rétrécis derrière mes grosses lunettes : comment dissimuler les « outrages » du temps à l’implacable « œil » qui va fixer mon visage à jamais, comme épinglé dans un cabinet des horreurs ?

Un grand jeune homme brun arrive à onze heures pile ; je le félicite de sa ponctualité. Il me suit dans ma véranda/bureau, où nous nous asseyons côte à côte aussi intimidés l’un que l’autre, lui peut-être un peu plus à cause de mes cheveux blancs. Comme j’ai soigneusement bachoté l’entretien sur « Une année percheronne », je parle beaucoup… Beaucoup trop ! En même temps, je réponds aux questions que mon malheureux interlocuteur n’a pas le loisir de formuler, aussi prend-il des notes sans paraître autrement heurté par ma logorrhée :  lui ferais-je penser à sa grand-mère ou à quelque vieille amie de son entourage ? Puis, tombe le couperet : « On va faire une photo », dit-il. Je le préviens combien l’exercice me répugne, mais visiblement je n’ai pas le choix et lui, pas le temps de « retoucher les photos »… Alea jacta est, me dis-je à la vue des outrages triomphants tandis que je concède poliment : «Celle-là est pas mal. »

Ce mercredi, je n’en menais pas large à la pensée de feuilleter le Journal Le Perche. En attendant (je n’allais tout de même pas courir à Mortagne dès potron-minet !), je consultai internet qui me fournit un article sur la « fête du livre » de Berd’huis : deux livres y sont essentiellement présentés, dont le mien. La cerise sur le gâteau, c’est qu’il est illustré d’une seule photo d’archives sur le salon de l’an dernier !

Cet après-midi, j’achète le journal en ville et, le consultant, manque m’étrangler (avec le noyau de la cerise précédente ?) : juste dans l’angle à gauche de l’article, j’esquisse un sourire, le regard vague et la bajoue gonflée comme une outre ! Ma photo, absente d’Internet, s’affiche sur la version papier. Heureusement, les éléments qui m’entourent sont des objets familiers que j’aime et par la baie vitrée on aperçoit un bout de mon jardin chéri… Me voilà toute ragaillardie d’autant que je constate qu’une bonne manière de se consoler, c’est de faire un peu moins attention à soi !

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